"Pro des notes ?" Ce que nous apprend la docimologie !

mercredi 9 novembre 2016
par  M. CRESPIN

Qu’est-ce que "la docimologie" ?

La docimologie est une discipline scientifique consacrée à l’étude du déroulement des évaluations en pédagogie, et notamment à la façon dont sont attribuées les notes par les correcteurs des examens scolaires.

Les expériences sont en général de deux types :
- soit faire corriger un paquet de copies par quelques correcteurs
- soit faire corriger quelques copies par un grand nombre de correcteurs.

Les recherches dans ce domaine sont effectuées depuis 1930.
Et les études, répétées des centaines de fois, aboutissent toujours aux mêmes conclusions.

Le lecteur curieux ou souhaitant les sources des données ci-dessous pourra se rapporter aux travaux de Jacques Nimier ou de Pierre Merle.

Les notes, c’est « sérieux » ?

Expérience 1
100 copies de bac sont données à 6 correcteurs, notées sur 20.
En français, on relève un écart maximal de 13 points, l’écart moyen est de 3,3 points, l’écart le plus fréquent est de 6-7 points.
En mathématiques, l’écart maximal est de 9 points.

Expérience 2
3 copies de français données à 76 correcteurs, notées sur 20.
Pour une même copie, la moyenne est 10, les notes mises vont de 3 à 16.

Expérience 3
Un enseignant de Terminale S envoi des copies de maths du bac à des collègues.
Certaines questions sont notées pareil, d’autres non.
Au final les notes obtenues sont 12/20, ou 14/20, ou 16,5/20.
Coefficient 7...

Expérience 4
6 copies de maths niveau 3ème soumises à 64 correcteurs, avec un barème, très précis, sur 40 points.
La dispersion des notes attribuées atteint près de 20 points !

Expérience 5
Agrégation d’histoire, 166 copies corrigées par 2 professeurs, sur 20.
Le candidat classé avant dernier par l’un est classé second par l’autre.
La moitié des candidats reçus par un correcteur est refusée par l’autre.
L’écarts de notes va jusqu’à 9 points.

Expérience 6
Les premières copies servent au rodage du barème et influencent la moyenne obtenue.
Ainsi, mettre 3 bonnes copies sur le paquet baisse l’ensemble des notes.
Inversement, si ce sont 3 mauvaises copies, alors l’ensemble des notes est relevé.

Expérience 7
L’influence d’aspects sociaux a aussi été mise en évidence.
Indiquer l’origine sociale « fils de journaliste doué » ou « fils d’ouvrier » influence le correcteur.
Des copies scientifiques écrites par des garçons, dont les prénoms sont remplacés avec des nom de filles voient leurs notes baisser.
Même chose avec l’information que l’élève est un redoublant.

Conclusion

Comme le montrent ces exemples, quels que soient la méticulosité et le sérieux des enseignants, la matière ou la précision du barème, les écarts sont considérables.
De nombreux paramètres peuvent influer sur la notation, tels la fatigue, l’humeur, l’environnement, l’âge, l’établissement fréquenté, le nombre d’élèves (plus il a d’élèves et plus l’enseignant est sévère)...

Ainsi, noter n’a rien d’une précision scientifique ou sérieuse.
Il est donc illusoire de considérer que la note constitue un « thermomètre » qu’il faudrait à tout prix préserver pour connaître les compétences d’un élève (« Ce n’est pas une bonne idée de supprimer les notes. C’est absolument indispensable d’avoir des points de repère (...) Casser le thermomètre ne sert absolument à rien », déclare Luc Ferry, ancien ministre, RTL, 9 octobre 2012.).

D’autres idées reçues (« les notes motivent », « les élèves ont besoin de se situer ») trouvent une réponse opposable argumentée dans cette vidéo issue des "Journées de l’Evaluation", 12 décembre 2014, disponible sur Dailymotion, de 4min 10s à 38min 00s